Elles rêvaient d'occuper les Bains Municipaux. « On avait vu les choses en très grand ! », lâchent-elles en riant. C'est finalement sur une chambre d'hôtel du quartier gare à Strasbourg que Ramona Poenaru et Wonderbabette ont jeté leur dévolu.
« Un hôtel, c'est un lieu qui répond plutôt bien au thème de la nuit », notent les deux jeunes plasticiennes, particulièrement motivées par ce genre de contexte, « magique et mystérieux ». Elles étaient déjà sur le pont de la toute première « Nuit Blanche » à Paris, en roulotte, et certains noctambules strasbourgeois se souviennent de leur intervention, « La réalisation d'un espace à rêver », l'an dernier, lors de la deuxième édition des « 1001 Nuits » strasbourgeoises.
Troisième édition cette année. Et cette fois-ci, elles ont conçu, avec trois artistes invités (Cab, Mélanie H., Yaël Picard), un Dream Hotel qui fonctionne sur la mise en situation, « doucement déstabilisatrice », des visiteurs.
Événementiel,
ludique,
populaire...
« On va les cajoler ! », annonce Wonderbabette dans un sourire ambigu. Une nuit câline ? « Quand on lit Les 1001 Nuits, on s'aperçoit qu'au-delà du conte, le propos n'est pas si sage... », précise Ramona. A bon entendeur...
Dream Hotel se présente donc comme l'une des dix-huit stations d'un itinéraire éclaté à travers la ville. Et ce maillage mobilise d'habituels acteurs de la scène artistique contemporaine dans la cité (Stimultania, Apollonia, ACECA, Syndicat Potentiel, Insight...), mais occupe aussi des lieux très inattendus, comme un wagon SNCF, un parking souterrain, la coupole de l'Observatoire, un terrain de basket, des cafés ou encore les vitrines de grands ou moins grands magasins métamorphosés en écrans géants.
Une cinquantaine de plasticiens, de la région, du Grand Est, de Paris et de Bruxelles ont été contactés par l'équipe d'ACECA, qui coproduit, avec le Castrami (comité d'action sociale en faveur des populations issues de l'immigration), ces « 1001 Nuits ».
« Nous avons privilégié le médium vidéo, parce qu'il colle particulièrement bien à l'environnement nocturne, à la déambulation dans la ville. C'est de la lumière, du mouvement, du son... », indique Sophie Kauffenstein, d'ACECA, qui insiste sur l'aspect « événementiel, ludique, populaire » d'une manifestation qui intègre aussi de la musique, des performances, le multimédia, des installations...
Sa fierté : « Toutes les interventions ont été conçues in situ. Ce ne sont pas des boulots préexistants placés dans un espace donné. Chacun a réfléchi à un projet spécialement adapté au lieu investi. »
Espace de confrontations culturelles né en 2002 à l'occasion d'un colloque consacré à l'immigration en Europe, les « 1001 Nuits » se posent désormais en rendez-vous de la scène artistique. Une sorte de micro « Nuit Blanche », en plus sage encore - couvre-feu décrété à 2 h du matin...
De leurs origines, ces Nuits ont gardé le goût de la circulation à travers la ville - les plus volontaristes peuvent disposer de vélos pour joindre, sinon tous les points du parcours, un maximum d'entre eux - et de la rencontre. De la découverte de l'autre. Immigration et échange artistique.
Serge Hartmann
Ce samedi 27 novembre à Strasbourg, de 20 h à 2 h du matin. Infos au 03 88 21 00 98. www.aceca.net.
Photo DNA - Bernard Meyer.


