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2005

DNA 26 novembre 2005 - A l'affiche

C'est un autre volet du festival, avec une quinzaine de propositions à travers la Communauté Urbaine de Strasbourg. Pour les photographes, présentés par l'association Chambre à part, le collectif Insight et autres structures coproductrices, un souci : dire le monde. Une conviction : que tout est affaire d'écriture, de regard, de création, au sens le plus large. Et que contre le flux indifférencié des images de « direct », ils sont plus que jamais nécessaires. On ira découvrir, entre autres, « Cela commence par... Vieillesses de travailleurs immigrés », les très belles photos de Philippe Brault au centre socioculturel l'Albatros, « Harkis à vie » de Julien Chapsal à l'espace-galerie Insight, « Terrains de « Je(ux) » en Palestine » d'Anne Paq à la galerie Stimultania, « Retraite » d'Olivier de Sépibus et poème de Habib Tengour à la Chambre, ou encore « Jours intranquilles » de Bruno Boudjelal, toujours à Stimultania. Se procurer le programme pour éclairer son choix et tracer son itinéraire.
Le périple des sciences autour de la Méditerranée. Un ambitieux voyage initié par Philippe Dumas, chercheur en biologie, dans l'histoire des sciences : un cycle de conférences et un spectacle, pour questionner nos identités d'hier et d'aujourd'hui et (re)découvrir un patrimoine commun.

DNA 23 novembre 2005 - « Harkis à vie ? »

Dimanche 27 novembre. L'association Le Droit pour la Justice (DPJ) et l'AFALA (amitié franco-algérienne), invitent dimanche, 27 novembre, à 17 h, à l'Espace Insight (10, rue Thomann à Strasbourg) à une rencontre sur le thème « Harkis à vie ? Eléments de réponse... ». La rencontre débutera par la projection du film « Cette guerre au feu mal éteint » (52' co-produit par ANA Films et France 3) réalisé par le Strasbourgeois Jean-Marie Fawer. Guy Bénichou, avocat, Chantal Cutajar, présidente de DPJ, Jean-Marie Fawer, Mohamed Guerroumi, président de l'AFALA et le colonel Aziz Méliani participeront à un débat qui suivra la projection.

DNA 13 janvier 2005 - Dans les neiges de Micheletti

michelettiLa forêt et la neige en motifs épurés : après sa récente, et enthousiasmante, exposition au CEAAC, Gabriel Micheletti nous revient chez Insight, à Strasbourg.
Son travail du dessin, nourri d'une émotion liée à la tempête de 1999 et au drame de Pourtalès, en 2001, avait donné lieu, l'automne dernier, à l'une des plus belles expositions du CEAAC montrées ces dernières années. L'artiste strasbourgeois y installait, sur le thème de la forêt, un univers d'une poétique gravité, où son sujet (les forêts couchées, debout...) se répandait littéralement dans l'espace.


Une musique calme et intime


Autre tonalité, moins graphique (encore que...) mais toujours inscrite dans ce rapport très fort au paysage qu'entretient l'artiste. Car c'est la peinture qu'il sollicite cette fois-ci, à l'invitation du collectif Insight. Neuf toiles, en quatre couleurs essentielles (blanc, noir, gris et bleu), posées en aplats, comme au pochoir, y définissent des formes et des fonds tranchés.
On y devine, à la façon d'un négatif coloré, l'enchevêtrement des branches, les plaques de neige, une vérité du motif qui s'échappe aussi dans d'autres directions, « les reliefs d'Arp » observe Micheletti, mais encore l'imagerie scientifique ou l'urban art - ces découpes en légers effets de perspective, à la façon des tags...
A cette série, toute récente, l'artiste a ajouté un superbe triptyque, passerelle entre son approche de la peinture et celle du dessin. Dans les encres de feutre, la forêt s'y donne d'une façon plus ample, plus dynamique aussi. L'ensemble est porté par une musique, calme et intime, d'Arvo Pärt : « Pour moi, la peinture est liée à une notion d'ambiance à laquelle la musique participe également. Elle est importante quand je crée. Elle l'est aussi dans la découverte de mon travail. »

Serge Hartmann
Jusqu'au 6 février à l'Espace Insight, 10 rue Thomann, à Strasbourg. Du jeudi au dimanche de 15 h à 20 h. 03 88 21 05 18.

Gabriel Micheletti.(Photo DNA - Bernard Meyer)

DNA 25 avril 2005 - Mémoire gravée

memoiresTrois maîtres de la gravure contemporaine, dont deux sont des rescapés de Dachau, traduisent l'horreur des camps nazis dans l'exposition « Gravé pour mémoire » jusqu'au 1er mai à Strasbourg.
Le 29 avril, on commémorera les 60 ans de la libération du camp de concentration de Dachau.
Johnny Friedlaender et Zoran Music, artistes juifs, y ont été internés. Igael Tumarkin, sculpteur et graveur israélien de renom, est né à Dresde en 1933, année de l'accession d'Hitler au pouvoir. Chacun à leur manière et avec des techniques différentes, ces hommes marqués par la période hitlérienne en révèlent, dans leurs estampes exposées à l'Espace Insight à Strasbourg, toute la barbarie. On en a la chair de poule.
L'exposition est née de la rencontre entre un collectionneur privé et Arnaud Weber, responsable de l'Espace Insight, qui écrit par ailleurs une thèse sur Friedlaender. « Le collectif Insight (entreprise de communication, ndlr) n'a pas voulu faire de l'exposition un événement commémoratif pour les juifs. Il n'en a pas la légitimité. C'est l'intérêt artistique des gravures qui nous a intéressé », tient à préciser Arnaud Weber.
En effet, la maîtrise technique parvient presque à égaler la puissance symbolique des gravures. Mais, dès que l'on pénètre dans l'expace clair de l'exposition, ce n'est pas la qualité des oeuvres que l'on évalue. C'est leur force qui nous submerge.

Regarder l'horreur en face

Ces formes sur le mur, aux contours flous, ce sont des hommes. Ceux que Zoran Music a dessinés en 1944 et 1945 quand il était interné à Dachau. Les esquisses ont ensuite servi de base à la série de gravures intitulée « Nous ne sommes pas les derniers ».
La bouche entrouverte dans un dernier râle -celui qui va mettre un terme à la souffrance-, les agonisants ont les mains crispées, les yeux exorbités, les côtes qui percent leur torse décharné. Il ne sont plus que des squelettes qui attendent d'être happés par la mort.
En face, les « Images du Malheur » de Friedlaender représentent des scènes quotidiennes de la vie de Dachau : la séparation à la descente du train, un enfant qui pleure parmi des cadavres, la pendaison d'un insoumis.
Les estampes d'Igael Tumarkin sont différentes. Plus géométriques, elles ne font pas référence à Dachau (l'artiste n'a pas vécu dans le camp) mais à la montée de la barbarie hitlérienne que Tumarkin a gravée pour mémoire. A jamais contre l'oubli...

A. B.
Espace Insight, 10 rue Thomann à Strasbourg. 03 88 21 05 18. Ouvert jusqu'au 1er mai, du jeudi au dimanche de 15h à 19h. Entrée libre. Lecture de poèmes vendredi 29 avril à 18h par Rafaël Goldwaser, du « Théâtre en l'air ».

Des estampes témoignent de la barbarie nazie à l'Espace Insight.(Photo DNA - Muriel Bortoluzzi)

DNA 17 juin 2005 - Le prix Cukiermann de Rafaël Goldwaser

raphaelEntre New York et Israël, où il séjournait ces temps-ci, le lauréat 2005 du prix Cukiermann savoure son bonheur : Rafaël Goldwaser a adopté Strasbourg il y a quinze ans.
Le prix Cuikermann récompense des caractères qui s'investissent dans la défense et promotion du yiddish. Des chercheurs, traducteurs, linguistes ou artistes sont ainsi récompensés - une initiative des frères Cukierman (dont Roger, président du Conseil représentatif des institutions juives de France).
Lauréat 2005 de ce prix, Rafaël Goldwaser fête ces jours prochains avec ses amis strasbourgeois (ce 20 juin à la Galerie Insight, 10 rue Thomann, à 18 h 30) une distinction qui lui est officiellement remise le 7 juillet à Paris. Et y voit la reconnaissance, en effet, d'un « engagement ». Un héritage, aussi - son père, émigré polonais, jouait au théâtre yiddish de Buenos Aires en Argentine.


Nos universités yiddish


Installé ensuite en Israël, Rafaël y resta 26 ans, tout en complétant sa formation théâtrale à Paris. Et c'est à Strasbourg qu'il choisit de vivre, après que des amis l'y eurent invité en 1990 pour une lecture de textes yiddish. Il y a créé le Théâtre en l'Air / der LufTeater, y monta des pièces de Sholem Aleykhem ou d'Isaac Bashevis Singer. Dans l'amitié d'Astrid Ruff, Isabelle Marx ou Doris Engel, encourageant ces dernières dans leurs propres aventures artistiques.
Rafaël a plaidé la cause du yiddish au sein d'Universités d'été animées à Strasbourg ainsi qu'à Paris et Bruxelles. Car cette langue née dans la vallée du Rhin aux alentours du Xe siècle, et parlée dans une grande partie de l'Europe avant la Shoah, connaît un réel renouveau - Goldwaser, à 58 ans, est serein : « A New York, où j'ai donné deux monologues au Bronx et à Manhattan, à Los Angeles, dans un centre de culture juive : un public de gens âgés, mais aussi, de bien plus jeunes que moi ! Des immigrés de la troisième génération, qui grandissent dans le yiddish. »
Et depuis son port d'attache alsacien, il défend la cause du yiddish dans le monde entier. Des cycles universitaires de yiddish réunissent à Vilnius des jeunes, juifs ou non-juifs, d'Italie, d'Allemagne, de Grande- Bretagne, de Pologne, de Moldavie ou d'Ukraine : « On écrit partout de nouveaux romans, de la poésie, des pièces de théâtre, des nouvelles. » En Israël, le yiddish a retrouvé place grâce aux cultures de l'immigration, ou palestinienne : « Je crois que la paix viendra par les artistes... »
Toujours blessé par l'échec, à Strasbourg, d'un projet de Centre européen des cultures yiddish, il se réjouit d'autres avancées : un documentaire de France 3 Alsace sur le Théâtre en l'Air/ Der LufTeater a toutes les chances d'être traduit et présenté dans plusieurs festivals du film yiddish, en Amérique comme en Israël. Et en novembre prochain, à Strasbourg, il monte Yiddish en Pologne, autour d'un grand chantre de Cracovie assassiné par les nazis. Avec Isabelle Marx il a travaillé à une évocation par des enfants de l'école Lucie-Berger, ce dimanche dans le cadre de l'inauguration du Mémorial de l'Alsace-Moselle à Schirmeck, du destin tragique de Hana Brady - une écolière de Tchécoslovaquie morte à 13 ans à Auschwitz. Sa valise, envoyée en 2 000 au Musée de la Shoah de Tokyo, permit à Fumiko, sa directrice, de reconstituer l'histoire de Hana : elle retrouva son frère George, qui vit au Canada. Avec ses photos et souvenirs intacts.

Marie Brassart-Goerg

DNA 22 juin 2005 - Rafaël Goldwaser, le « super yiddish man »

Rafaël Goldwaser, le « super yiddish man »

Réunis malgré la chaleur, à l'espace Insight, les amis de Rafaël Goldwaser, lauréat du prix Cukierman 2005, lui ont rendu un bel hommage lundi soir.
Une ambiance de fête régnait dans la « Galerie Insight » : tous les amis de Rafaël Goldwaser étaient venus fêter l'événement un peu en avance. Le Prix Cukierman 2005 lui sera remis le 7 juillet prochain à Paris.
Attribué à des personnalités qui s'investissent dans la promotion de la culture yiddish, le Prix Cukierman représente pour Rafaël Goldwaser la reconnaissance de toute une vie mise au service de ce patrimoine si riche. « Je pense que je le mérite », dit-il avec humour en ouverture de soirée. Et d'ajouter : « J'ai vécu dans le yiddish ; déjà dans le ventre de ma mère j'allais au théâtre yiddish ». Plus qu'un langage, le yiddish est pour lui un mode de vie, « un voyage dans l'espace et le temps » où l'on fait beaucoup de rencontres.
Né en Argentine en 1947, Rafaël Goldwaser a une expérience de plus de 30 ans de théâtre. Il a joué sur les scènes du monde entier, d'Israël au Canada et des Etats-Unis en Europe.


Emotion et humour


Visiblement ému par la présence de ses amis fidèles, le lauréat a tenu à leur exprimer toute sa sympathie pour le soutien et l'encouragement qu'ils eurent à son égard. Dans une ambiance chaleureuse et amicale, Goldwaser a fait un discours plein d'humour au cours duquel il tente une pirouette linguistique en démontrant que la langue yiddish est plus riche que la langue anglaise.
Enfin, pour couronner la soirée, Astrid Ruff a proposé à l'auditoire trois chansons du répertoire yiddish, dont l'une spécialement dédiée à son ami qu'elle a nommé avec beaucoup d'humour « le super yiddish man ».

I.C-S.

DNA 2 juillet 2005 - Antoine Cicero hors de son cocon

ciceroAvec Coonspace, l'artiste stras- bourgeois poursuit sa réflexion sur le vivant et ses formes primordiales. Beau et inquiétant.
Crâne rasé que surmonte une virgule de cheveux tirée en arrière, longue barbichette à un bout de menton, vêtement de prêtre mésopotamien : Antoine Cicero a traversé la scène artistique strasbourgeoise tel un Ovni. Tout juste sorti des Arts Déco, un diplôme accordé du bout des doigts, il était catapulté sous les feux de l'actualité locale, en novembre 1998 : le nouveau Musée d'art moderne de Strasbourg ouvrait ses portes, et lui consacrait une exposition temporaire.
Depuis, Cicero n'a pas estimé nécessaire de privilégier les institutions. Cet anachorète de l'atelier n'entend pas perdre « 80 % de [s]on temps à monter des dossiers, à frapper aux portes pour obtenir une éventuelle subvention». «Ce qui m'intéresse, dit-il, c'est d'abord la création. »
Se partageant entre la France et Israël, très mobile, il a développé son propre réseau de collectionneurs et répond, quand les occasions se présentent, à des associations séduites par son univers. C'est le cas du collectif strasbourgeois Insight qui accueille son dernier travail. On y retrouve les dispositifs plastiques caractéristiques d'un esprit qui ne cesse d'interroger la vie et ses métamorphoses, le mystère d'une énergie première qui génère des formes dans lesquelles une vie se développe, avant de s'en extraire.
Il y a, tout d'abord, ces animacles - « d'anima, l'âme, le souffle... » : des enveloppes de tissu, ici blanc cassé, parfois noir, armées de tiges en bois, qui sculptent l'espace, flottent dans la pièce, s'accrochent aux murs. Ces cocons translucides participent d'une pratique de la performance, à laquelle Cicero reste très attaché - ils en constituent aussi la mémoire, la trace, appelant de façon intuitive ce corps qui les a habités. Ce que restitue une magnifique vidéo, Trompe l'oeil, diffusée dans l'exposition, où s'engage un beau dialogue entre Cicero et la musique primitive de Marc Strub. Un espace, donc, aux lisières de la création plastique, mais aussi de l'objet, de la danse, de la musique, de l'art textile et de l'art vidéo.
On pourrait le croire un brin mystique, ou tout au moins ésotérique. Il s'en défend - on n'est pas obligé de le croire. Reste que le terme d'exigence spirituelle et physique - « Trois heures d'exercice chaque matin... » - lui va très bien. Cicero ne transige pas. Possède une bonne dose d'humour, sans plaisanter sur tout.
Aux animacles s'ajoutent, chez Insight, divers objets, boîtes et tableaux translucides, imaginés dans le même esprit. L'organique et le végétal s'y déclinent à la façon d'un étonnant cabinet de curiosités. « J'aime cet esprit. Ce merveilleux de la vie saisi à travers le regard intime du collectionneur », dot-il.
Un merveilleux qui s'insinue dans tous les espaces, pour peu qu'on prenne le temps d'observer. Telles ces étranges enveloppes végétales, vert pâle, d'origine assurément exotique, qu'il a découvertes en plein Strasbourg. Posées sur un piédestal, elles répondent parfaitement à son travail. L'art qui réfléchit la vie. Et vice versa.

Serge Hartmann

Antoine Cicero. Photo DNA - Xavier Thiery.