2007
DNA 3 novembre 2007 - Hors champs
Baptiste Cogitore a photographié des champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Dans ses clichés, toutes traces tangibles du conflit ont disparu.
La crête du chemin des Dames au nord de Reims, les environs de Verdun. Le Vieil Armand, près de Guebwiller, le Linge, sur les hauteurs d'Orbey, le plateau des Épargnes, dans la Meuse. Ces noms sont familiers, y sont accrochés une succession d'images noir et blanc, tranchées enfumées, corps déchirés, arbres calcinés, cratères creusés par les obus. L'enfer de la Der des ders.
Baptiste Cogitore, originaire de Lapoutroie, n'a que vingt ans mais se pose déjà depuis longtemps la question de la représentation des lieux de mémoire. Étudiant en lettres modernes, passionné par l'Histoire, il prépare le concours de Normale sup'.
« La représentation du lieu de mémoire m'intéresse. Je me suis posé la même question pour les camps de concentration; j'avais pris les visiteurs de Buchenwald en photo, mais la série n'était pas aboutie, raconte-t-il. Je pose en fait une question naïve, comment fait-on aujourd'hui pour se souvenir ? »
Pour Hors champs, il a choisi le médium de l'image, ça aurait pu être l'écrit. « J'ai pris des clichés neutres, sans recherche esthétique, sans retouches, ce n'est pas mon métier », s'excuse-t-il presque. Ses photos sont les champs de bataille d'hier, redevenus terres agricoles aujourd'hui. Des vues dénuées de présence humaine.
Les lieux d'affrontements sont par endroits marqués, maintenus en l'état et à dessein. Baptiste Cogitore a orienté son objectif de façon à ce que ne transparaissent pas ces traces visibles du conflit, cratères, tranchées, mémoriaux.
L'étudiant invite à une reconstitution mentale des paysages. La seule indication toponymique se trouve dans la légende de la photo. Une piste dont il faut se saisir pour aller plus avant.
Il ne s'agit pas pour autant de faire l'économie des lieux de mémoires officiels, nécessaires parce que l'on peut s'y projeter plus facilement. Baptiste Cogitore propose simplement un regard de côté.
M. A.-S.
Du 7 au 23 novembre au Centre mondial de la Paix de Verdun, du 12 au 22 décembre et du 2 au 12 janvier au Collectif Insight de Strasbourg, le 19 janvier à la salle de la Bourse à Strasbourg.
DNA 9 septembre 2007 - Gaëlle Lucas, retour de Lodz
Gaëlle Lucas expose ses dernières oeuvres à l'Espace Insight jusqu'au 21 septembre.
Née à Enghien-les-Bains, ancienne des Arts déco de Strasbourg, Gaëlle Lucas expose les travaux qu'elle a réalisés durant les trois mois passés en Résidence à Lodz en Pologne, grâce à une bourse octroyée par le Club de la Ville de Strasbourg, grâce à l'Association Polart organisatrice depuis dix ans de ce type de séjours artistiques, grâce à la Ville de Lodz qui lui offrit un atelier.
Partir seule, sans connaître un mot de polonais, mérite qu'on relève le courage de la plasticienne. La diversité des travaux montre que sa solitude fut fructueuse et se présente comme une sorte d'autofiction, journal de rencontres entre elle, l'autre, elle-même et ses souvenirs. L'image devient écriture pour « Neige » au fin maillage de bulles roses et à l'aquarelle. Tandis qu'elle dessinait sur papier à la gouache, aux crayons de couleur, etc., elle a vu sa voisine, jardinière originale, qui collectionne dans son jardin des statuettes kitsch : cheval, escargot, champignons et les déplace dans son jardin chaque semaine.
Ce rite obsessionnel a inspiré à Gaëlle Lucas une vidéo dans laquelle elle apparaît à mi-corps foulant, nouvelle Alice, ce jardin des merveilles. Les photos en impression numérique dévoilent encore ses jambes, mais nues sur fond neutre ou floral. Quant au grand format où elle s'est photographiée nue, lovée, dans sa valise, il symbolise sans doute son arrivée en terre inconnue. Au retour, sa valise pleine, elle présente aux cimaises ou sur écran, les images qui permettent de suivre son voyage initiatique en Pologne.
Julie Carpentier
Espace Insight, 10 rue Thomann, du jeudi au dimanche de 14 h à 19 h jusqu'au 21 septembre ; Tél: 03 88 21 05 18 .
DNA 5 juillet 2007 - Le pendule et le pinceau
Le Haguenovien Christian Reisacher est magnétiseur, adepte du tantra yoga, admirateur du bouddhisme thaï. Peintre depuis peu, il expose actuellement ses toiles à l'Espace Insight à Strasbourg.
Cela fait à peine un an que Christian Reisacher, 45 ans, a saisi pour la première fois un pinceau. Une exposition lui est pourtant déjà dédiée à Strasbourg. Mais c'est dans son fief de Haguenau que l'artiste travaille sans relâche. Aménagé depuis peu, son atelier parle pour lui. Des bougies odorantes, des pierres précieuses, des bols tibétains trônent sur les meubles. Il s'en montre fier : certains visiteurs apprécient cet espace en le comparant à un appartement de fille. Christian Reisacher se dit transformé depuis qu'il a reconnu en lui sa « part féminine ».
« Les gens qui vont s'approcher d'une toile ressentiront de l'énergie »
Pourtant, l'homme est robuste, presque imposant. Les petites figurines de Bouddha dispersées ça et là reflètent d'ailleurs étonnamment l'attitude de l'artiste : une présence ventripotente, des bajoues généreuses, mais une sage attitude devenue presque naturelle, les jambes repliées.
Christian Reisacher suit des stages de yoga, sophrologie et biosynergie, fondée sur la relaxation, depuis 1994. Des problèmes de santé et une quête du bien-être l'y ont conduit. Depuis, il se passionne pour l'énergie. A travers ses lectures, du Dictionnaire des symboles au Tantra Yoga, il cherche à s'échapper du « système ». La peinture lui est apparue comme un nouvel interstice pour en sortir. Le féminin y apparaît comme un thème récurrent - que ce soit la terre nourricière, ou la femme elle-même -, mais beaucoup de ses toiles sont explosions de couleurs. « Les gens qui vont s'approcher d'une toile ressentiront de l'énergie, un peu comme l'homéopathie qui rayonne à certains endroits de l'organisme », explique-t-il.
Certains le trouvent talentueux, d'autres fou. Christian Reisacher raconte ainsi qu'il est allé à plusieurs expositions - lui qui n'était jamais entré dans un musée - muni de son pendule, pour « mesurer l'énergie » qui jaillit des tableaux.
Qu'il peigne ou qu'il soigne, il répète souvent qu'il « suit son instinct ». L'artiste oppose de manière presque obsessionnelle la « tête » et le « coeur » - lieu de l'intuition, de la sensibilité. Ainsi, lorsque des visiteurs qualifient certains de ses tableaux d'obscènes ou de pornographiques, le peintre répond que « les gens s'enferment dans des schémas de pensée, sans faire appel à leur ressenti ».
Le Haguenovien cite Saint-Exupéry pour parler de l'essentiel, le bonheur, dénonce une société patriarcale, parle de sa foi dans le magnétisme pour la thérapie des blessures. Un de ses amis, Claude Casterot, qui a longtemps pratiqué le rugby et travaillé avec lui, le décrit comme « quelqu'un de tourmenté », qui a peut-être trouvé une « façon de se soigner » dans la peinture. Désormais, à côté du pendule du magnétiseur, prend place le pinceau de l'artiste.
Marilyne Chaumont
Jusqu'au 14 juillet. « Passionnessence », exposition des oeuvres de Christian Reisacher. Du mercredi au samedi de 15 h à 19 h à l'Espace Insight, 10 rue Thomann à Strasbourg. Entrée libre.
DNA - 19 mai 2007 - Réminiscences de l'enfance
Le collectif Pêle-Mêle explore le monde de l'enfance à l'Espace Insight, à Strasbourg, jusqu'au 2 juin. Réminiscences croisées, tendres et parfois cruelles de 21 créateurs.
Qui n'a jamais rêvé d'un collier de pâtes ? Ou d'une parure de porte-bougie enfilés comme un chapelet de petits cailloux blancs semés sur le chemin de l'existence ? Qu'ils soient créateurs de bijoux, comme Christophe Marguier, plasticiens, designers ou illustrateurs, les jeunes talents de Pêle-Mêle introspectent notre imaginaire collectif. En surgit une myriade d'univers très personnels, à la fois poétiques et tendres. A la fois cruels et ironiques, quand ils ne viennent pas, tout simplement, interroger cette part de nous-mêmes.
Photographies grands formats -regards figés de porcelaine signés Myriam Commot, ou Albator comme dans nos souvenirs, «flouté» mais géant ! par Alexis Delon-, chapeaux à oreilles, petits sacs colorés, gravures rigolotes, mobilier et illustrations composent ce paysage bucolique tout droit tiré du pays de Candie. A découvrir en famille, « pour sensibiliser les enfants à d'autres formes », ouvre Laurence Di Costenzo. Quelle bonne idée !
P.R.
Jusqu'au 2 juin à l'Espace Insight, de 10 h à 18 h, 10 rue Thomann à Strasbourg. Puis à Ste-Croix-aux-Mines, à la Villa Burrus, du 6 au 13 juin et à Brumath, à l'Escalier, les 16 et 17 juin.
Photo DNA - Bernard Meyer.
DNA 25 avril 2007 - Teemu Kassila, peintre finlandais
Chaque peinture de Teemu Kassila, né à Helsinki en 1952, est un lieu de rencontres. Après une première exposition collective dans la capitale finlandaise en 1972, il cessa d'exposer puis, en 1988, il présenta ses oeuvres individuellement et eut grand succès, tant auprès du public que du milieu artistique.
Ses études dans le domaine de la santé, ses connaissances des cultures premières des Navajos, des pratiques chamaniques du Pérou, des aborigènes d'Australie l'avaient inspiré. Ouvert à tous les courants, il créa une fondation « Salus found » et comme le titre d'une de ses conférences, il nourrit son oeuvre aux « Four winds ».
Il propose dans chaque tableau une promenade semi-abstraite à travers des espaces imbriqués. Il informe et désoriente par glissements, flottements où foisonnent des signes empruntés à l'écriture, au dessin enfantin, au graffiti. Pour la « Théorie du chaos » la composition est afocale, elle devient rationnelle quand deux pyramides gardent « Un secret ». Voyageur, mais affectivement ancré dans sa Finlande, Teemu Kassila évoque « Le sommeil hivernal », le « Retour du printemps » et l'« Ours polaire Milou ». Ces oeuvres chargées d'énergie invitent au voyage intérieur. La fondation de ce peintre thérapeute comporte un « Centre de renouveau Salus » où par l'exercice, le plein air, la médecine chinoise, on aide les gens à se renouveler. Cette série d'images positives réalisées de 1981 à 2006 y contribuera sans doute.
Julie Carpentier
Espace Insight, 10 rue Thomann, du mercredi au samedi de 15 h à 19 h jusqu'au 5 mai ; tél. 03 88 21 05 18 ; fax : 03 88 21 07 52 ; www.espace-insight.org ;
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
DNA - 20 mars 2007 - Matins masculins de Thierry Deveyre
Thierry Deveyre est un photographe actif qui réalise une dizaine d'expositions par an, tant à Colmar, Strasbourg, Sélestat, Saint-Quirin, Mulhouse qu'à Kehl où il réside.
Ici, il a choisi de raconter par des photographies en noir et blanc l'histoire quotidienne et matinale que vit un homme seul dans son cadre intime. Il se réveille, se lève, et c'est par un éclairage luministe que l'instant où le pied se pose est suspendu. Le cadrage des pieds dans les babouches ou sous la douche est humoristique. Quand il se savonne le buste, la publicité ne renierait pas l'image et le photographe combine courbes, volumes et ombres de façon habile. Le rituel continue avec le rasage, la chevelure que, mal réveillé, il essaie de dompter. L'ambiance est rendue avec justesse par les éclairages forts ou tamisés mais l'objectif n'est plus centré sur le corps. L'homme procède à la seconde phase du rituel avec la table du petit déjeuner. La lumière sur les différents matériaux transforme ce banal quotidien en nature morte entre brillance, matité et reflets. Le jour se lève, la lumière, encore, assure la transition entre l'intérieur familier et l'extérieur qu'il va falloir affronter. Trois modèles ont joué ce lever et la dernière séquence les montre habillés la clef dans la serrure. Le mot séquence n'est pas injustifié car le réalisme cinématographique n'est pas loin dans cette série de photographies de bonne facture.
Julie Carpentier
Espace Insight, 10 rue Thomann, du mercredi au samedi de 15 h à 19 h, jusqu'au 7 avril ; tél. : 03 88 21 05 18 ; fax : 03 88 21 07 52 ; www.espace-insight.org ;
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Prêt à affronter l'extérieur. (Photo Thierry Deveyre)
Plus d'articles...
Page 1 sur 2


