La bille d'un stylo qui s'emballe sur la feuille de papier, emportée par la force gravitationnelle de la main, et finit par faire apparaître une forme: les dessins de Benoît Decque participent des lois de la physique et d'une poésie de l'aléatoire. Démonstration chez Insight.
Actuellement, son Fou se promène dans les rues de Strasbourg après avoir écumé Karlsruhe durant trois ans. Haute de trois mètres, réalisée en un empilement de cercles concentriques en bois, pilotée dans la ville aux bons soins du CEAAC, cette pièce de jeu d'échecs affectionne particulièrement les lieux de pouvoir, la proximité des institutions. C'est un peu l'antique fonction du Fou du roi qu'elle revendique symboliquement, sculpture dont le silence laisse pourtant percer une voix singulière : « Celle du bouffon, d'une parole libre, insolente, adressée au(x) pouvoir(s). Peut-être que de nos jours, l'artiste est celui qui porte encore cette parole... », remarque Benoît Decque, regard espiègle.
C'est toujours un plaisir de croiser le parcours de cet artiste qui papillonne avec les techniques, porte sur les choses, les paysages, le temps et la mémoire un regard original, décalé. Benoît Decque joue avec les échelles, les phénomènes d'accumulation, et surtout affiche une prédisposition pour les matériaux et outils "pauvres", anodins, tirés du quotidien.
En janvier dernier, à la remise des prix du CEAAC, dont il était l'un des lauréats, le public avait pu assister à un Bike-painting, peinture circulaire créée en roulant à vélo dans une flaque d'encre posée sur une grande feuille de papier. Tournant en boucle, les pneus faisaient apparaître peu à peu une forme, assez parfaite, qu'un adepte de la touche expressive n'aurait pas reniée.
« Il s'agit tout simplement d'une application de ce que les scientifiques appellent l'effet gyrostatique. Un girostat est un solide animé d'un mouvement rapide autour de son axe. Dans ce cas précis, la roue de la bicyclette est un girostat. La perfection de l'équilibre du cycliste découle de cette force gyrostatique. » Silence et un sourire plus loin : « Il y a un peu l'idée de tendre à une perfection de la peinture fondée sur la perfection de l'effet gyrostatique. »
Cette rotation continue autour d'un axe, Benoît Decque la pratique également dans le dessin dont il avait déjà montré quelques premiers travaux, à Strasbourg, il y a quelques années. Une pomme était ainsi tracée aux stylos à bille vert et rouge, en de rapides mouvements circulaires évoluant dans l'espace de la feuille. Les derniers dessins, au stylo à bille bleu, reprennent le même procédé de gravitation mais libéré de tout souci de représentation du réel.
Deux séries coexistent ici. L'une, sur des feuilles de deux mètres de haut, décline la forme du cercle - 1m10 de diamètre -, un cadre en bois évitant de s'égarer hors des limites de la figure explorée. L'autre, sur des supports plus petits - 76 x 56 cm -, laisse le champ libre à cette gravitation obsessionnelle. Mais pour l'une comme pour l'autre, le regard se perd dans les opacités et transparences du dessin, dans les effets de volume qui surgissent lorsque le trait s'épaissit sensiblement. Sur les bords, les lignes s'estompent peu à peu, dans une sainte horreur du trait qui surligne la forme. « Il est stupide de croire qu'un trait nous isole de l'espace dans lequel nous évoluons ». Vinci avec son sfumato ne disait pas autre chose.
Si la série des cercles affiche la séduction de sa perfection géométrique et du grand format, celle des "informels", plus mystérieuse, plus sculpturale aussi, n'en a pas moins beaucoup de charme. Il y a du minéral en elle. « On dirait des galets », reconnait Benoît Decque, qui se confronte à chaque fois à la question de la pertinence de la forme produite. « Un peu comme les chasseurs de galets en Orient. Ils parcourent les plages, et en choisissent un parmi des milliers. Pourquoi celui-là et pas un autre ? »
Serge Hartmann
Jusqu'au 20 décembre, chez Insight, 10 rue Thomann, du mercredi au samedi, 15 h à 19 h.
Benoît Decque. Photo DNA - Bernard Meyer.



Entre paysage intérieur et ligne d'horizon, Eva Linder pratique une peinture du silence et de la contemplation. Et nous rappelle, chez Insight, que L'Été reviendra.
De retour d'une résidence en Pologne, il disperse entre Strasbourg et Colmar d'anciens et nouveaux travaux : Mathieu Boisadan projette les images lisses d'aujourd'hui dans une vérité brutale et tragique.
Le « street-art » de la CUS
L'ouverture du festival Contre-temps ce jeudi 5 juin à 22 h ira du hip-hop à l'électro-booty nu school, au Rafiot, 30 quai des Bateliers, avec carte blanche au magazine Clark, spécialiste des cultures urbaines (entrée : 5 €). Autre temps fort du festival, la venue de Ty from London, « l'un des meilleurs bands hip-hop de la planète, sachant conjuguer groove et paroles qui font mouche ». A la Salamandre, 3 rue Paul-Janet, à partir de 22 h vendredi 6 juin (entrée : 12 € en prévente, 15 € sur place). Le New-Yorkais spécialiste de Deep house Kerri Chandler devrait aussi faire vibrer le Living-Room, 11 rue des Balayeurs, le jeudi 12 juin à partir de 23 h (entrée libre, capacité limitée). Ambiance des plus pures soirées berlinoises garantie pour terminer le festival en beauté le samedi 14 juin à Art Factory, 28 rue du Maréchal-Lefebre à la Meinau (tram A et E, arrêt Couffignal) à partir de 22 h, sur les sons notamment du trio Jahcoozi, mêlant « électro et hip-hop relevés de ragga et de punk ». Entrée 10 € en prévente, 12 € sur place. Du 6 au 15 juin. Contre-Temps et l'Association des urbanistes d'Alsace s'associent pour réfléchir à la place des arts urbains et leur fonction dans la ville. Une expo « RE-GNR8 », ou l'occasion « de penser la ville comme un vêtement, une cuirasse, un lieu d'échanges », à découvrir au CAUE (Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement), 5 rue Hannong, de 8 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 16 h 30 en semaine, de 11 h à 18 h le week-end. Entrée libre. Le vendredi 6 juin : table ronde autour de l'espace urbain, de sa conception à son appropriation. Du 6 au 14 juin. Expo « CUS'tom », créations urbaines de Strasbourg. A l'espace Insight, 10 rue Thomann, 27 artistes de l'association Démocratie créative exposeront des « créations urbaines de Strasbourg, dont la mission sera de personnaliser un support commun, à savoir le logo triangulaire de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) ». Artistes, graffeurs, illustrateurs, feront ainsi découvrir le Street-art tous les jours de 15 h à 20 h. Live painting et DJ chaque soir à partir de 18 h. Entrée libre. Samedi 7 juin. Jam session au skate park de la Rotonde, avec démo de skate, BMX, roller et live DJ de 18 h à 22 h. Mardi 10 juin. Parcours « cinélectrogroove » au cinéma Star à partir de 20 h 30. Chaque salle du ciné de la rue du Jeu-des-Enfants sera consacrée à des ambiances différentes entre 20 h 30 et 0 h 30. A 20 h 30, projection du documentaire Retour à Gorée de Pierre-Yves Borgeaud, suivi de 22 h 30 à 0 h 30 d'un « split mix », entre cinemix live, sélection de courts métrages vidéo qui jazzent, funkent ou rapent ! A 0 h 30, projection de Block party de Michel Gondry. Entrée : 10 € pour la soirée.
La cinquième édition du festival Contre-temps retentira de conjugaisons electro-groove et hip hop inédites pour mettre la ville au rythme des expressions urbaines.
Les photographies de Baptiste Cogitore sont l'illustration de qualité, de « Guerre sans visage », pièce de théâtre écrite et mise en scène par Claire Audhuy retraçant les années de la guerre 1914-1918, laquelle sera reprise le 19 janvier dans la salle de la Bourse.